Second film de Kubrick (après le rejeté Fear And Desire). L’introduction entre le boxeur et sa jolie voisine qui se préparent tous deux en mode miroir est très intéressante. Kubrick réalise plusieurs plans en mode photographie. Un style très propre avec ses débuts de photographe, plusieurs objets ou situation étant montrés avec un savoir faire certain. Mais il y a quelques plans en mouvement plus intéressant comme ce travelling suivant Gloria qui traverse la rue, un peu comme le plan du début de la Soif du mal. On y retrouve certains thèmes de Kubrick, les scènes montrant le désir des trois protagonistes avec de longues embrassades. Il y a déjà aussi une façon crue de montrer la dure réalité. Gloria qui est entraineuse dans le dancing, sa relation avec son patron, sa relation avec sa sœur puis celle avec le boxeur, le reniant pour sauver sa vie. La dernière partie du film est la plus intéressante avec les courses poursuites dans les entrepôts déserts de New York. Le combat final est très stylisé avec tous ces mannequins dans le décor. Il y a quelques plans qui se répetent (les voleurs de l’écharpe du boxeur) mais l’ensemble du film est réussi pour ce premier film noir.
« Deuxième film de Stanley Kubrick après Fear And Desire, Killer’s Kiss est placé dès le début sous le signe de l’authenticité et du réalisme. Le New York que l’on découvre ici n’est pas une ville reconstruite en studio, mais une cité avec, d’une part, ses ruelles désertes propices au meurtre et, d’autre part, au contraire, ses rues avec leurs agitations habituelles. « Je veux filmer l’odeur, la sensation et la couleur de la ville », disait Kubrick. La séquence de Times Square a ainsi été filmée avec une petite caméra Eyemo afin que le tournage passe – presque – inaperçu. De même en ce qui concerne Jamie Smith, qui a perdu dix kilos pour interpréter le rôle du boxeur Davy Gordon. Kubrick, qui avait tourné un court métrage intitulé Day Of The Fight, a fait entraîner Jamie Smith au fameux Stillman’s Gym sous la direction d’Irving Cohen, le manager de Rocky Graziano en personne. En dehors de quelques afféteries (le plan de Davy et du bocal à poissons) et de l’utilisation de quelques plans en négatif, le film témoigne du réel talent de Kubrick. On remarquera aussi le jeu très sensible d’Irene Kane dans le rôle de Gloria, petit oiseau inquiet perdu dans la grande ville. »
Patrick Brion, Encyclopédie du film noir, éditions Télémaque.
« Tourné en décors naturels avec un budget misérable, Le baiser du tueur est le premier film noir de Stanley Kubrick. Encore brouillonne et maladroite, l’œuvre témoigne cependant d’une maîtrise technique et d’une invention visuelle déjà nettement affirmées, culminant dans quelques scènes anthologiques comme le combat de boxe et l’extraordinaire bagarre dans la réserve à mannequins, qui font oublier la faiblesse du scénario et de la direction des acteurs. »
** Alain Garel, Guide des films Jean Tulard, Robert Laffont.
« Un film noir fulgurant qui marque les débuts de Stanley Kubrick. La séquence finale, dans un entrepôt de mannequins, est un morceau d’anthologie. »
Dictionnaire des films, sous la direction de Bernard Rapp, Larousse.
« Avec un budget de quarante mille dollars, le jeune cinéaste écrit, photographie, met en scène et monte ce film tourné dans les rues de New York, selon une méthode qui annonce la Nouvelle Vague. A la fois histoire d’amour (le pugiliste, avant d’être battu sur le ring, tombe amoureux d’une jeune femme de son immeuble) et intrigue criminelle (il tente d’arracher l’héroïne des griffes de son patron mafieux), le film vaut, surtout, pour sa peinture de l’East Side (un entrepôt de mannequins donne lieu à une bataille spectaculaire) et des néons de la 42e rue. Ecrite comme Fear And Desire par Howard Sackler l’histoire souffre d’une certaine naïveté, mais la touche kubrickienne s’impose déjà : climat oppressant, pulsions morbides et grand sens visuel. »
TT Michel Ciment, Le guide du cinéma chez soi, Télérama.
« Exemple type du film cocktail bourré de réminiscences (un gros plan insolite à la manière de Welles, un round de The Set-Up, une poursuite dans une ville morte qui sort tout droit de Panic In The Streets), Killer’s Kiss, second film écrit, photographié, réalisé, produit, tirebouchonné et réfrigéré par Stanley Kubrick, nous parvient après plusieurs années de retard, qui n’ont pas peu contribué à éventer, pour nos palais devenus exigeants, son bouquet d’origine. Le titre est, pourtant excitant à souhait, la photo crasseuse mais finissant par provoquer un dépaysement de bon aloi, le montage habile (trop habile avec ses « tranches de temps » emboités, procédé perfectionné dans The Killing), l’interprétation d’une savoureuse gaucherie, et l’ambiance générale du film fauché, fait avec de très petits moyens, sympathique. De plus, on y retrouve, sous une forme naïve, les démangeaisons expressionnistes remarquées dans les trois films postérieurs de l’auteur : cf. le hold-up clownesque de The Killing, le théâtre aux armées de Paths Of Glory, les jeux du cirque de Spartacus. Kubrick a un faible, c’est certain pour les roulements de tambours, les bagarres au trident et à la hache (ici, dans le décor un peu trop loseyen d’une fabrique de mannequins), les travellings urbains flageolants sur une musiquette de Barnum du pauvre. Jamie Smith a de faux aires de Jean-Pierre Aumont et Irene Kane une poitrine plate que l’on souhaiterait découvrir mieux. Dommage que les poupées, les poissons rouges, les figures de cire et autres accessoires décoratifs baroques nous cachent si souvent la vue. »
Claude Beylie, Les cahiers du cinéma, n° 135, Septembre 1962.