1987 - Bagdad Café - Percy Adlon : 18/20

Très beau film de Percy Adlon qui capte l’esprit de l’Amérique. Une famille noire qui tient le café et le motel, avec une mère, Brenda, au fort caractère, le mari qu’on voit à peine dans le film et qui surveille tout ça de loin, le fils qui rêve d’être musicien et la fille qui ne veut que sortir. A côté de ça il y a l’indien qui sert au café, les habitués un ancien décorateur américain joué par Jack Palance et une tatoueuse. Dans ce joli mélange, arrive une femme forte bavaroise qui va changer leurs habitudes. Le ton est un peu ironique, assez poétique et la réalisation, certes par moment avec des plans audacieux créent une ambiance unique. Il ne faut pas oublier la chanson qui est jouée dans le film et qui est devenue culte. On trouve un peu de cette ambiance dans la série Twin Peaks de David Lynch qui sera tournée juste après.

« Ouvrant son film par une série de plans obliques entrechoqués, Percy Adlon déstabilise le spectateur. Nous présentant en montage alterné le mal nommé « Bagdad Café », le réalisateur nous plonge au cœur d’un ouragan qui a nom Brenda, sa vociférante gérante. Mais très vite, il dépêche Jasmin, l’énorme bavaroise sans grâce, vêtue en pleine fournaise d’un incongru tailleur de loden et d’un chapeau à plume, vers ce lieu de désordre et de désolation. Et c’est dans ce décor à la fois hyper – et surréaliste qu’il va lentement et sûrement distiller une fascination, un enchantement, un bonheur difficilement résistibles. Il faut voir cette impossible Teutonne sans complexes métamorphoser le décor et les êtres en transformant le pseudo « Bagdad Café » en véritable palais des mille et une nuits. Eperdue et farfelue, naïve et authentique, fraîche et charmante, elle fait peu à peu oublier son physique peu amène pour conquérir tous et toutes. Notons que si le charme opère, c’est grâce au talent du réalisateur qui, parallèlement à son héroïne, sait charmer, conquérir, ravir tout le monde. Bagdad Café : un film qui a la grâce. »

                                               **** Guy Bellinger, Guide des films, Jean Tulard, Bouquins, Laffont.

 

« Justesse et pudeur des sentiments, drôlerie des deux héroïnes, poésie du travail cinématograpique : un film joliment optimiste… »

                                               Denis A. Canal, Dictionnaire des films, Larousse.

 

« Film phénomène. Personne n’y croyait au départ. A l’arrivée, un succès sociologique indéniable. On avait demandé, à l’époque, aux lecteurs de Télérama de s’exprimer sur le film : des dizaines de lettres nous sont parvenues ; certaines irrésistibles. D’autres, émouvantes. « Grâce à ce film, écrivait l’une des correspondantes, j’ai pu reparler à ma mère pour la première fois depuis des années. » Le film aurait-il le même impact aujourd’hui ? Généreux et vaguement artificiel (Percy Adlon n’a jamais renouvelé ce succès miraculeux), c’est la rencontre dans le Nouveau Mexique d’une bavaroise en loden et chapeau à plume et de la patronne (exaspérée) d’un motel minable. Hymne à la différence (le peintre excentrique interprété par Jack Palance) et à la tolérance. Avec, tout de même, des lenteurs, des longueurs, et du sentimentalisme à foison. La chanson (I’m Calling You) a fait un succès mondial, surtout lorsqu’elle a été reprise par Céline Dion. »

                                               T Pierre Murat, Le guide du cinéma chez soi, Télérama.